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Loin du soleil

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Alors, c’est reparti comme en 14? Espérons que non. Rien qu’à y repenser, j’en tremble encore comme un feuille et je revois les points d’impact dans ma tête toujours en guerre. Traumatisme géant, il fait couler les yeux. Carnage sur le champ de bataille et panique dans les tranchées. Beaucoup de joueurs tombés au champ sans trop d’honneur. Coéquipier combattant son coéquipier. Qui aurait dit qu’on put à ce point être anthropophage. Quelle boucherie ce fut.

Mais hier, donc. Après le soleil du Mexique, après l’extase de mardi dernier, les fumigènes ne s’étant pas encore dissipés, les échos des clameurs du stade nous emplissant encore les oreilles, fallait-t-il retomber aussi durement sur terre? Sur un terrain aussi durci par le gel et aussi dégueulasse? On voyait bien qu’une ombre sale obscurcissait une partie du terrain, nous souhaitant bon retour dans cette chère MLS, avec terrain de merdre et visibilité VHF. Mais nous fallait-t-il nous écrapoutre comme ça, comme Jack Mac sur les défenseurs du DC, et, à l’image de Justin Mapp, terminer notre chevauchée fantastique dans le ditch, l’épaule et le panache déboîtés?

Après le Mexique, mon retour passait moi aussi justement par Washington D.C. Par Dulles. J’aurais dû les prévenir que Washington ce n’est déjà plus le soleil du Mexique. Enfin, c’est le soleil un peu, mais qui nous parvient de tellement plus loin qu’il ne nous éclaire qu’à moitié. Et Washington, c’est déjà la neige et la vie plus terne. Et sans pinard et sans taco.

On s’attendait quand même à un certain retour au calme, pour nous poser et nous reposer un peu. On a bien vu que notre Frank, peut-être épuisé par ses coups de reins et de sang de mardi soir, était redescendu d’un cran, plus debout ni gesticulant mais bien assis dans son siège et discutant calmement avec Mauro. Alors on s’est dit qu’un petit nul, un 0-0 bien propre à la sauce Concina, ça ferait bien notre affaire. On assied notre défensive et on repart sur des bases saines. Ça s’est pas vraiment déroulé comme ça.

Pourtant, DC faisait bien sa part avec son attaque sans éclat. Mais ce match, nous semblions décidés à vouloir le perdre et c’est dans l’axe qu’on l’a fait, sans trop de détour.

À l’avant-poste d’abord. Pas grand chose à écrire sur le soldat McInerney. Le gars a foncé tête baissée droit sur les lignes de défense ennemies. C’est certes courageux, mais ça manque de subtilité, Jack. Faut essayer de les prendre à revers, jouer de finesse, chercher la brèche, redescendre, permuter. On essaie Cameron, la prochaine fois? Je ne veux pas m’emballer avec le Porter, et je ne dis pas qu'il peut nous en claquer une vingtaine cette saison, mais on l’a encore vu en ces quelques minutes samedi, le jeune a une excellente touche de balle et tient le ballon à merveille. Des qualités primordiales pour un avant-centre.

Les ailiers et les arrières-postes latéraux, ça allait. Dilly Duka n’a bien sûr pas été aussi flamboyant que contre Pachuca, mais fallait s’y attendre, Dilaver, ce n’est pas un Hazard. Mapp, avant de se tordre et le coude et de douleur (le pauvre jeune homme se mouchait dans sa manche blanche*), a lancé quelques belles attaques au galop dans son couloir. Dominic Oduro, qui l’a remplacé, c’était moins ça, mais c’était déjà mieux à droite qu’en avant-centre. Donny Toia a fort bien joué et a même envoyé la meilleure frappe du match, un beau missile longue portée. Hassoun Camara? Le meilleur sur le terrain, qu’il a ratissé large, d’ailleurs. Éparpillé un peu, soit, mais par nécessité : ses milieux avaient l’air tellement perdus qu’il a dû monter pour faire circuler un peu l’objet, et son attaquant était tellement inutile qu’il a dû cadrer à sa place.

C’est par nécessité encore que notre beau Monsieur Ciman a encore une fois été poussif, pour compenser la désertion de notre paire royale formée de Nigel et Calum. L’ami Reo-Coker a de l’envie, mais est visiblement atteint du mal anglais, qui provoque une désorientation totale sur une pelouse de foot, et ce, sans égard aux habiletés ou à l’expérience du malade. De Calum Mallace, nous attendions, chaque fois qu’il touchait un ballon, un coup d’éclat tel celui dont il nous a frappé mardi soir. Malheureusement, même si l’extérieur de son crâne resplendissait de tous les feux de sa chevelure d’or, à l’intérieur, la lumière ne s’est pas faite, cette fois.

Aux arrières-postes centraux, on l’a dit, Laurent a été poussif, il en a fait des tonnes, il en a donné plus que le client en demandait, bref, il en a trop fait. Il a entre autre essayé de se substituer à Mallace au milieu, pensant que nous n’y verrions que du feu, son propre crâne resplendissant lui aussi au soleil. Son compère Bakary Soumaré a quant à lui été très juste, devant parfois rattraper le coup.

Et puis toi, le gardien, dans ton uniforme violet, cet insondable violet. À la cinquante-huitième, quand je vois Arrieta s’élancer vers la surface, je vois bien que Soumaré rame un peu pour revenir dans l’écran, mais je vois aussi qu’il contrôle. Le grand Baky ressert sur le petit Jairo et je ne sens pas de menace, tout va se régler entre ces deux-là, avantage au géant malien. Et toi tu me montres un violet épouvantable en arrivant soudainement dans l’écran. Qu’est-ce tu fais là, Evan? (dis, Evan, tu parles à tes défenseurs, parfois? euh... est-ce que tu parles tout court? tu peux deserrer les lèvres? non?) Et le but. Et c’en est fait.

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L'uniforme d'Evan Bush pour le match.

Bon, j’ai bien parlé de tout le monde? Attendez, il me semble que j’oublie quelqu’un... j’en suis à dix joueurs, avec Bush... merdre, on a du jouer à neuf tout le match, parce que j’ai vu personne d’autre.

Un triste match. Espérons que ce n’était qu’un mauvais jour et que ce ne soit pas reparti comme en 14. Pour conjurer le sort, rejouir et se réjouir à rebours, je vous reviendrai sûrement cette semaine avec d’autres chroniques sur l’aventure pachuquesque et le triomphe du 3 mars. Allez.

* Soit dit en passant, le personnel du stade a été bien gentil de faire faire le grand tour à Justin, au cas où il n'en réchapperait pas. On me dit qu'après, on l'a promené en cart de golf pour lui faire voir la Maison-Blanche, le Capitole, les musées Smihsonian et tout ça avant de l'emmener à l'hôpital. Une belle attention.